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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 00:36
Le musicien de rue était debout dans l'entrée de la station L'Enfant Plaza du métro de Washington DC. Il a commencé à jouer du violon.

C'était un matin froid, en janvier dernier. Il a joué durant quarante-cinq minutes. Pour commencer, la chaconne de la 2ème partita de Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et de nouveau Bach.

A cette heure de pointe, vers 8h du matin, plusieurs milliers de personnes traversent le couloir pour aller prendre leur boulot. Après trois minutes, un homme d'âge mûr a remarqué qu'un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s'est arrêté quelques secondes puis a démarré en accélérant. Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant droit devant, une femme lui a jeté l'argent dans son petit
pot. Quelques minutes ensuite, un quidam s'est appuyé sur le mur d'en face pour l'écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard.

Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon qui devait avoir trois ans. Sa mère l'a tiré, pressée mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste. Finalement sa mère l'a secoué et agrippé brutalement afin que l'enfant reprenne le pas. Toutefois, en marchant, il a gardé sa tête tournée vers le musicien.
Cette scène s'est répétée plusieurs fois avec d'autres enfants. Et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger.

Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps. Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en en continuant leur marche. Il a récolté 32 dollars. Quand il a eu fini de jouer, personne ne l'a remarqué. Personne n'a applaudi. Seule une personne l'a reconnu sur plus de mille personnes.

Personne ne savait que ce violoniste était Joshua Bell, un des meilleurs musiciens sur terre. Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius de 1713 valant 3,5 millions de dollars.

Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston était « sold out » avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.

Joshua Bell jouant incognito dans une station de métro a été organisé par le « Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens. Les questions étaient : dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ? Nous arrêtons-nous pour l'apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ? Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être : si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter un des meilleurs musiciens au monde jouant quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, à côté de combien d'autres choses passons-nous ?

Publié dans : Petites curiosités
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Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 17:37

M est intervenant en Deux-Sèvres. M est grand, très grand. 1,95 m de corps et un bon 30 cm³ de cheveux, le tout posé sur une voix grave et puissante. Cette année, M intervient auprès de classes de maternelles, et se trouve confronté à un problème…de taille : une de ses petites a peur de lui, jusqu’aux pleurs.

Quand je parle de mon métier, je parle toujours de ce rôle premier qui nous est offert : émerveiller les enfants, les emmener 45 minutes par semaine dans notre univers fait de musique, d’échange et de partage.

Mais une autre réalité existe, surtout lorsque l’activité concerne des tout-petits, souvent hauts comme trois pommes : l’adulte, de par son statut d’adulte d’une part et sa taille d’autre part, est quoiqu’il arrive un géant. Trois, quatre, parfois même cinq ou six fois plus grand que le bout de chou qui entre dans la salle. Et tout le monde peut avoir peur des géants. Cette donnée est indispensable dans la manière de penser les séances avec les petits, parce qu’elle peut profondément modifier le rapport que l’enfant tissera avec le géant en lui même, et plus généralement avec ce qu’il vient faire à la crèche ou à l’école.

Le géant se doit donc de faire attention : attention à ses gestes, à sa force, à la vitesse de ses déplacements…les petits s’effraient bien vite et il suffit parfois de peu pour qu’ils se retrouvent perdus et inquiets. Le géant se doit de se mettre à la hauteur des enfants.

Se mettre à la hauteur des enfants c’est aussi, et à plus forte raison en séance de musique, être attentif au volume sonore des choses qu’on leur propose. Il y a quelques semaines, une collègue a présenté une cymbale à des petites sections de maternelle. Un enfant a tapé dessus, produisant un son très fort. L’une des petites a été surprise et s’est aussitôt mise à pleurer. Il a fallu le réconfort de l’ATSEM (assistante maternelle) pour la rassurer.

On ne se rend pas forcément compte, lorsqu’on est un géant évoluant parmi d’autres géants, que les tout-petits n’ont pas la même perception du monde. Se mettre à leur hauteur, c’est leur permettre de découvrir les géants et ce qu’ils font en évitant la peur.

Dans une autre perspective, se mettre à la hauteur des enfants, et de tous les enfants cette fois, c’est aussi savoir mesurer justement leurs capacités : ne pas croire que parce qu’ils sont, justement, des enfants, ils ne seront pas capables de faire telle ou telle chose. Mais ne pas croire non plus, conséquence directe des propos précédents, qu’ils peuvent justement tout faire, et les pousser sans relâche pour obtenir un résultat.

En apparté, sans doute Mr Darcos, lors de la rédaction des nouveaux programmes ou lorsqu’il a décidé la suppression des RASED, n’a-t-il pas pris le temps de se mettre, même l’espace d’un instant, à la hauteur des enfants...

Publié dans : Pédagogies?
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